05 juin 2006

Prélude au Prisonnier.

Les Relations Textuelles.

L'heure était venue. Toi, moi. Les yeux dans les yeux.
Quelques secondes auparavant, la rage était montée : jalousie, mépris, frénésie, ce regard était strident. J'avais décidé d'en finir avec toi. Puis mes mains m'ont devancé, elles se sont levées, pour tirer. Une carte a tournoyé dans le couloir, puis elle a atteint ta jugulaire. C'en était fini. Je te voyais tomber sur le sol. Un as de coeur qui se couche. Je t'avais mis sur le carreau.
Lorsque ton corps rebondit sur le sol dans un bruit sourd, l'espèce de voile opaque encore plein de saletés lacrimales emplies d'orgueil et de souffrance se leva, mes mains, elles, s'en prirent à moi. Elles s'agripèrent à ma tête, douleur incongrue après le meurtre. Je tombai à genoux, les yeux vidés par la colère, n'ayant même plus envie de pleurer.
T'avais-je vraiment tué ? Il semblait bien que oui, du moins, c'est ce dont j'avais l'impression, une fois que j'eu déposé ma main sur ta joue. Tu avais quelque chose de beau, et je me dis alors, que tu étais sûrement perdu, pour avoir tant de charme tout en étant si blanc et si calme.
Je me suis relevé, et je me suis dit que j'avais bien fait. Car tu avais été injuste.

Ainsi commençait Romanzo à griffoner sur ce papier. Une feuille blanche, parmi la liasse qu'on lui avait fournie, glissée entre deux barreaux. On avait peur qu'avec l'angoisse de la page blanche, en plus de ses antécédents plutôt peu convenables, il décide de s'en servir à des fins suicidaires. Mais après l'avoir entendu pousser des gérémiades des heures durant, le garde avait décidé de céder à son caprice de prisonnier. Purger sa peine d'une autre façon ? Sûrement pas, il ressassait ses meurtres, en parlait avec délectation et fierté. Un véritable Romancier du Crime.

Posté par Sacripan à 13:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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